Christel Prado : « La relève est assurée ! »

mardi 11 octobre 2016
par  admin
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La présidente de l’Unapei vient de l’annoncer : elle achèvera son mandat en décembre. Christel Prado livre un premier bilan personnel de ses six années de militantisme, marquées par l’affaire Amélie, de nombreuses négociations politiques, ainsi que quelques déceptions. (07/10/2016)

« Bonjour, j’ai quelque chose d’important à vous dire… » Seule face à la caméra, Christel Prado débute par ces mots un message émouvant aux adhérents de l’Unapei, posté le 4 octobre sur Internet. Après plus de six années à la présidence de l’association, elle a choisi d’annoncer ainsi son départ, en raison d’une « très belle opportunité professionnelle » (1). Membre du comité éditorial de TSA, elle a accepté de dresser pour nous le bilan, très personnel, de cet engagement.

En six ans de militantisme, que retenez-vous comme avancées, et comme déceptions, pour les personnes handicapées mentales ?

Christel Prado : Le bilan est forcément mitigé. Aujourd’hui j’ai l’impression que l’esprit de la loi de 2005 est préservé. C’est important, à un moment où, économiquement, certains auraient pu vouloir s’en détacher. Je retiens ainsi la circulaire Ayrault, de septembre 2012, qui impose de prendre en compte le handicap dans tous les projets de loi. Cela répond à notre souhait d’une société inclusive et solidaire. Dans les politiques publiques, les personnes en situation de handicap sont désormais envisagées comme des citoyens, et non plus comme une catégorie à part, vulnérable, à laquelle il faudrait penser de temps en temps, pour pouvoir se regarder dans la glace. Mais en même temps, bon sang, qu’est-ce qu’on se fout de notre tronche ! Derrière les belles idées, il n’y a jamais les moyens pour les réaliser…

A votre arrivée en 2010, vous déclariez que l’éducation serait l’un de vos combats prioritaires. N’êtes-vous pas parvenue à la faire progresser ?

De ce point de vue, avec les unités d’enseignement en maternelle pour les enfants autistes, nous touchons du doigt notre objectif : l’interpénétration de l’Education nationale et du médico-social. Mais il resterait encore à dupliquer ce modèle. Treize mille enfants, au moins, sont encore obligés de rester chez eux !

L’Unapei s’est aussi fortement engagée dans l’affaire Amélie, en 2013. L’an dernier a finalement été lancé le dispositif « une réponse accompagnée pour tous ». N’est-ce pas un aboutissement ?

Merci par avance de ne pas parler de « dispositif », mais de « démarche » ! Il s’agit bien de mettre en mouvement l’ensemble des acteurs - et pas seulement sanitaires et médico-sociaux -, afin de parvenir à une réponse collective pour toutes ces personnes sans solution. C’est vrai, nous avons réussi à soulever les consciences. Mais pour appuyer cette démarche, combien de moyens ont été mis ? Il reste encore 47 000 personnes sans solution, qui vivent des vies terribles, avec une pudeur formidable. Et je reçois toujours des courriels de familles dont on oriente les enfants en Belgique, même s’ils habitent à l’autre bout de la France. Vous le voyez, ma révolte est intacte !

Et l’accessibilité ? N’a-t-elle pas progressé ?

Nous avons eu des avancées en matière d’accessibilité à l’information des personnes handicapées intellectuelles. Nous avons beaucoup été aidés par Marie-Arlette Carlotti, l’ancienne ministre déléguée aux Personnes handicapées. Je ne comprends d’ailleurs pas bien qu’on ait terni son bilan. On lui doit notamment le rapport Piveteau. Elle a de grandes qualités humaines.

Et sa successeure, Ségolène Neuville ?

Disons qu’elle a une autre approche, un peu moins politique, un peu plus technique. Elle a engagé beaucoup de petits chantiers, qui ont de l’intérêt. Mais sur les dossiers sur lesquels nous étions d’accord, nous aurions pu la soutenir, en montant au créneau, pour convaincre le gouvernement. Elle ne l’a pas souhaité. Nous y avons perdu en efficacité.

Des regrets ?

L’un de mes combats était le vieillissement des personnes handicapées. Sur ce point, nous nous sommes fait avoir. Marie-Arlette Carlotti nous a d’abord proposé de confier une mission sur le sujet. Ce n’était vraiment pas la peine ! Mais puisqu’elle l’a attribuée à Patrick Gohet, nous l’avons accepté. Et il n’en est finalement rien ressorti… La loi vieillissement a finalement délaissé la question de la prise en charge en établissement.

Un autre regret est que le président de la République ait toujours refusé d’engager des discussions sur la compensation et les ressources.

Et l’Unapei ? Comment a-t-elle évolué sous votre présidence ?


Ce qui me donne espoir dans l’avenir est notre projet associatif, adopté pour 2013-2017, et qui vise à renforcer notre « pouvoir d’agir ». Il est emblématique de l’Unapei : c’est un peu « aide-toi, et le ciel t’aidera, mais ensemble » ! Nous avons aussi précisé toutes nos convictions, à travers les « essentiels », des fiches sur différentes thématiques, pour aider les parents à parler du handicap. Les gens qui vivent la guerre ont souvent le plus grand mal à en parler, de peur de paraître impudiques.

Et vos ressources ?

Elles nous manquent beaucoup. Notre action politique et militante est menée sur nos fonds propres. Nombre de nos associations locales mènent d’ailleurs une collecte en ce moment-même, à travers « l’opération brioches » !

Vous quittez l’Unapei juste après que Thierry Nouvel a quitté la direction générale. Comment s’organise donc le relais ?

Nous menons le recrutement de son successeur, et nous avons déjà beaucoup de candidatures ! Quant à moi, je reste présidente jusqu’au 10 décembre. Le conseil d’administration élira alors son nouveau président… Parmi les administrateurs, en tout cas, certains sont vraiment faits pour cette mission. Et je suis certaine que mon successeur saura poursuivre notre projet associatif. Nos adhérents, eux-mêmes, ont monté en compétence. La relève est assurée !

(1) Christel Prado a été embauchée comme directrice générale adjointe à la cohésion sociale et aux territoires, pour le conseil départemental de la Manche.

Olivier Bonnin


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